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Eglise F.J.K.M. Montrouge Paris (SP37) - Au Temple de l'Eglise Protestante Unie (EPU) - 64, rue Maurice Arnoux 92120 Montrouge

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LE PROTESTANTISME MALGACHE

 

LE PROTESTANTISME MALGACHE
 
Aurions-nous peut-être l'occasion de lire un ouvrage écrit d'une manière très didactique sur " Le Protestantisme Français ". Point n'est besoin de souligner que beaucoup d'entre-nous avaient la possibilité d'entendre parler du Protestantisme, même dans une dimension assez large et d'un point de vue général.
En effet, pour nous permettre de bien cerner ce sujet, il est très utile et nécessaire de donner un bref rappel de la conception ascendante au protestantisme. Cette retrospection ne saurait être bien comprise en dehors de l'étude sémantique d'une expérience missionnaire triophant au XIXè siècle, mais actuellement rencontre une crise. Aussi devrait-elle faire l'objet d'un sérieux réexamen. Bien que révolu, le contexte colonial dans lequel cette idée s'est développée, continue d'être dans des milieux tiers-mondistes, l'objet d'un rejet passionnel qu'il conviendrait d'analyser sereinement.
 
 
Que de questions tournent notamment autour des rapports entre ce qu'est la mission aujourd'hui et ce qu'elle était hier. Surtout, lorsqu'on s'en tient sur la situation de certains groupes protestants très divers en Europe et en France en particulier. On s'est rendu compte que des images de la mission d'avant, la mutation des rapports nord-sud des années 1950-60 habitaient encore bien des esprits, même chez des personnes n'ayant pas connu la période coloniale. Ce type de décalage explique, sans doute, des prises de position et même des comportements souvent marqués par la nostalgie du passé missionnaire et son rejet. L'enthousiasme pour le tiers-monde et l'agressivité à son égard ne manifeste qu'une différence d'intensité affective.Alors, comment faire place à une compréhension sereine et lucide de la réalité actuelle des rapports Nord-Sud ? Et encore dans quelle période fallait-il commencer l'étude du sujet en question ? Si l'on considère comme source de réflexion la Mission Protestante, reconnue jadis sous le nom de " Société des Missions Evangéliques de Paris ( SMEP), communément appelée Mission de Paris, la Bible et la Réforme y pourraient être considérées comme fondement et période référentielle de toute pensée et de toute pratique protestante. 
 
En fait, ni la Bible ni la Réforme ne fournissent suffisamment d'éléments nécessaires : l'une n'étant pas un livre d'histoire mais de théologie où les pratiques et la logistique missionnaires sont peu explicitées ; l'autre ne correspondant pas d'une manière précise, à une période missionnaire telle qu'on l'attend habituellement, c'est-à-dire avec son orientation vers les non-chrétiens. 
Par contre, la période dite de réveil religieux qui commence en Europe à la charnière des XVIIIè et XIXè siècles constitue la matrice du mouvement missionnaire contemporain. 
 
D'aucuns savent que la mission chrétienne était un phénomène pré-colonial, né au premier XIXè siècle, dans un contexte marqué par le réveil religieux en Europe et aux Etats-Unis d'Amérique la lutte contre l'esclavage et les explorations scientifiques dans le reste du monde. Fallait-il encore souligner que selon certains historiens la colonisation culturelle du missionnaire suit de peu la conquête coloniale. 
Trois Missions du groupe des îles, Tahiti, Nouvelle-Calédonie et Madagascar, dépendent du nouveau cadre colonial défini par la " Conférence Africaine de Berlin de 1884-85. 
 
Au second XIXè siècle la Mission de Paris prenait la relève de la Mission de Londres. Cette relève est en effet, une conséquence directe des conflits coloniaux franco-britanniques. Or, la Mission Protestante dans le groupe des îles existait dès le premier XIXè siècle, avant la conquête coloniale.
 
A la suite de ces faits historiques, stipulés en guise d'une partie préambulaire,nous sommes, à présent,amenés à considérer la légalisation internationale et nationale de la mission chrétienne.
Il faut dire que l'événement qui avait dans l'histoire, au debut de l'année 1885, le retentissement le plus prolongé, était cette conférence africaine où les detinées ultérieures du continent Noir sont étudiées et réglées.On peut dès lors conclure que l'heure des Missions a sonné. L'acte général qui doit conclure ladite Conférence avait été signé le 26 Février 1885 à Berlin par les plénipotentiaires des quatorze principales nations de l'hémisphère Nord qui siègeaient dans la capitale du Reich depuis le 15 Novembre 1884.
 
Point n'est besoin de souligner qu'à l'époque M. Alferd BOEGNER n'ignore rien des circonstances qui ont conduit le Chancelier Allemand ,Otto von Bismark et le président du Conseil Français,Jules FERRY, à convoquer conjointement cette conférence.
 
En quoi un tel rendez-vous politique entre nations peut-il également marquer le temps de la Mission ? Bismark a des idées sur la question qu'il développe dans son discours d'ouverture de la Conférence : En conviant à la conférence, le gouvernement impérial a été guidé par la conviction que tous les gouvernements invités partagent le désir d'associer les indigènes de l'Afrique à la civilisation, en ouvrant l'intérieur de continent au commerce, en fournissant à ses habitants les moyens de s'instruire, en encourageant les Missions et les Entreprises de nature à propager les connaissances utiles, et en préparant la suppression de l'esclavage,surtout la traite des noirs, dont l'abolition fut proclamée au Congrès de Vienne comme un devoir sacré de toutes les puissances.
 
Les débats de la Conférence ne remettent nullement en cause les orientations de ses initiateurs, puisque l'acte général réunit en un même document les décisions d'ordre humanitaire et celles d'ordre colonial, les deux allant de pair dans l'esprit de l'époque.
 
L'Acte général de la Conférence Africaine de Berlin est bien, comme l'a souligné ultérieurement Marc BOEGNER, le premier instrument diplomatique de reconnaissance des Missions qui consacre l'avènement d'un droit international des Missions.Ajoutons que c'est également le premier instrument diplomatique de reconnaissance d'un droit international à la colonisation.
 
On ne trouve pas trace, dans les déclarations de la Mission de Paris faites dans la foulée de la signature de l'acte, de même en question de l'association,dans un même document officiel, des termes mission et colonisation..
 
Sans doute cette association n'est-elle pas perçue comme de nos jours, comme une compromission lourde de conséquences, mais comme une chance réciproque : une ouverture est nénagée à la mission par la colonisation et une âme est insufflée à la colonisation par la mission.
 
Quelques années plus tard (1885),l'indépendance positive entre mission et colonisation paraît encore possible….à condition que le nationalisme qui conduit à la conquête coloniale ne comprpomette pas l'universalisme qui inspire la mission. Il était dit dans une réunion publique à Paris par la Mission de Paris ( cf : œuvre de la mission de Paris -29/11/1883) : En prenant une couleur particulariste, l'œuvre missionnaire perdrait son vrai caractère, c'est-à-dire ce large universalisme que l'Apôtre Paul a défini par cette grande parole : " En Christ, il n'y a plus,ni grec,ni barbare,ni scythe,ni esclave,ni libre : tous sont un en Christ ".
 
Voici donc la mission chrétienne reconnue au plan internationale. Quand à la reconnaissance publique de la mission protestante, elle est loin d'être acquise en France. Les affaires anciennes de Tahiti et de Nouvelle Calédonie, et récentes de Madagascar et du Gabon, qui ont mis aux prises le Gouvernement avec les Missions protestantes étrangères, n'ont-elles pas popularisé le redoutable slogan : qui dit protestant dit anglais, qui dit catholique dit français ?
 
Comment donc montrer aux Eglises et à la nation Française que la Mission constitue une tâche historique du protestantisme français ?
 
Il se trouve qu'en 1885, on commémore le bicentenaire de la Révocation de l4Edit de Nantes. C'est l'occasion pour le Comité de la Mission de Paris, d'essayer de montrer au protestantisme de langue française que la mission mondiale peut s'inscrire dans sa propre tradition historique. Deux des signataires de cet appel, les Pasteurs Eugène BERSIER et Edmond de PRESSENSE, secrétaires du Comité, seront parmi les orateurs de la cérémonie de commémoration du bicentenaire de la Révocation en l'Eglise de l4Oratoire du Louvre à Paris.
 
Les discours se complètent : Bersier ouvre la séance, de Pressensé la conclut. Le premier évoque l'ère de long abaissement pour la France qu'ouvrit la Révocation de l'Edit de Nantes parce qu'elle fit perdre à la nation ses meilleurs citoyens et ses meilleurs croyants. Et pour que cet anniverssaire ne soit pas inutile, il invite les protestants de France, débris d'une grande race, à en recueillir l'esprit et s'efforcer de faire l'œuvre des pères en s'inspirant de leur foi…Il n'en dit pas plus. C'est de Pressensé qui explicite ce que pourrait signifier aujourd'hui donner l'Evangile à la France. C'est combattre l'irréligion par un large et ardent apostolat qui comprendra la Mission du dehors comme celle du dedans.
 
C'est la seule allusion à la mission extérieure faite au cours de cette importante cérémonie…. Remise dans son contexte, elle vise essentiellement la libre-pensée et l'athéisme en France, et pas directement le paganisme dans le monde qui intéresse la Mission de Paris.
 
Est-ce à dire qu'il est difficile de présenter au protestantisme français une apologie de la mission mondiale à partir de sa propre histoire ? Probablement. Ni le temps de la Réforme ni, a fortiori, celui de la persécution n'ont été porteurs de perspectives missionnaires mondiales. Du fait de sa situation minoritaire endémique, le protestantisme français d'alors s'identifie plus aisément à la figure du martyre, évoquant le temps du repli, qu'à celle de l'apôtre tournée vers les conquêtes et l'avenir.
 
Ce nouveau système de références est-il mieux à même de provoquer la mobilisation missionnaire des Eglises Protestantes de langue française que celui de l'histoire huguenote ?
 
Il a l'avantage d'être plus récent, mais l'inconvénient de ne donner aucune référence propre à la culture protestante et francophone. Ces références n'existent-elles pas cependeant et si tel est le cas peuvent-elles contribuer à la constitution d'une mémoire missionnaire propre au peuple protestant francophone ?
 
D’UN CHRISTIANISME MISSIONNAIRE A UN CHRISTIANISME MALGACHE
Si l’on se réfère au lendemain de la seconde guerre mondiale, il faut dire que les Eglises chrétiennes connaissent une rénovation et une vitalité débordante, après une période où elles ont dû se plier à un certain conformisme. En effet,l’anticolonialisme tent à se répendre aussi bien chez les grandes puisssances que chez les peuples colonisés. A Madagascar, dans l’ambiance de liberté qui règne alors, avec l’essor d’une économie revigourée par une politique coloniale dynamique, la société malgache se réveille, exprime son aspiration à l’émancipation du pays, et lutte pour son indépendance.
 
 
Les Eglises chrétiennes, en tant qu’éducatrices et forces vives de la nation, veulent montrer que leur engagement dépasse le cadre religieux et du moral et s’inscrit aussi dans les actes les plus déterminants de la vie du pays, par le biais de syndicats, d’établissements scolaires ,de mouvements de jeunesse, de diverses publications. Cette influence grandissante dezs Eglises ne manque pas d’inquiéter l’administration et d’entrainer une déterioration de leurs relations avec l’Etat colonial, même si chaque partie s’efforce de préserver autant que possible le dialogue.
 
 
En outre, dans les années 1950, des changements interviennent dans les structures internes même des communautés chrétiennes. On assiste à une prise en mains de l’administration de chaque Eglise par des nationaux, de plus en plus nombreux à recevoir une instruction de haut niveau. D’une part, les missions-mères et Rome ont l’intention d’accorder l’autonomie aux chrétiens qu’elles ont formés, d’autre part ces derniers désirent perdre en main leur déstinée, ce qui aboutit à la création des Eglises malgaches. Cette tendance, s’ajoutant à la collaboration amorcée entre celles-ci pour diverses activités sociales et politiques, favorise les rapprochements entre protestants d’abord, puis entre protestants et catholiques. L’œcuménisme, officiellement proclamé dans les décennies suivantes, a été préparé durant cette période..
 
 
 
EGLISE ET VIE NATIONALE
 
Un silence prudent pendant la guerre. La guerre constitue une période difficile pour les Eglises chrétiennes à Madagascar.Face aux bouleversements politiques successifs, à la vigueur de l'application du régime de l'indigénat, la population dans son ensemble, lesz hiérarchies ecclésiastiques comprises, est obligé de se cantonner dans un silence prudent, et de se contenter de soutenir l'action fraçaise sans engagement marqué.
 
On observe cependant un progrès de la fréquantation des Eglises catholiques à partir de 1940. Le régime de Vichy et les principes pétanistes constituent, en effet, une occasion de revanche sur une administration jusque-là considérée comme trop influencée par la franc-maçonnerie. Des prises de position ouvertement favorables au Maréchal Pétain, adoptées par certains membres de la hiérarchie catholique, ont aussi été à l'origine de cet attrait de l'Eglise.
 
Chez les protestants, le conformisme est aussi quelque peu troublé par des activités nationalistes. C'est ainsi que des missionnaires de la LMS se proposent volontiers d'être les intermédiaires entre les autorités britanniques installées à Madagascar à partir de Mai 1942 et les hommes politiques malgaches, en vue d'éventuelles négociations sur le statut futur du pays.
 
Ces actions individuelles certes, qu'ils continuent de mener pour l'indépendance au cours de la décennie suivante, encouragent les menées nationalistes, et entrainent la méfiance de l'administration à l'égard des protestants. Cependant, le Pasteur RAVELOJAONA, élu membre du conseil supérieur des Colonies en 1939, et considéré comme porte parole des Malgaches, est modéré aussi bien dans ses revendications que dans ses méthodes de lutte ; il n'entend pas profiter de la situation difficile de la Métropole pour arracher l'émancipation de son pays.
 
Loyalisme sur le plan politique ne signifie pourtant pas démission devant les problèmes innombrables auxquels Madagascar se heurte pendant la guerre. En tant que représentant de la population malgache, et en tant que Pasteur, RAVELOJAONA dénonce le poids de la contrainte coloniale et les abus commis par l'administration dans les campagnes. Dès Octobre 1941, il propose au gouverneur général ANNET, le contrôle de l'utilisation des requis par des particuliers,mais sans grands résultats.Il poursuit son action auprès des autorités de la France Libre.
 
La définition d'une politique coloniale plus ouverte à une collaboration, par le Commissariat aux Colonies du Gouvernement provisoir de la république française, emmène en Décembre 1943 à la création d'une commission mixte Franco-Malgache qui exprime les aspirations de bon nombre de nationaux.
 
Personnalités catholiques et protestants s'y retrouvent. C'est l'instance permettant au Pasteur RAVELOJAONA de proposer une charte que le gouvernement français accorderait au peuple malgache, et qui proclamerait le respect de lêtre humain. L'inviolabilité de sa personne, la liberté d'opinion et d'expression, le droit à une instruction plus large que par le passé…
 
Les hostilités condamnent les nationalistes au silence mais au terme de celles-ci. Ils trouvent l'occasion d'une participation plus active à la vie politique et sociale du pays.
 
LA VITALITE DES CHRETIENS DANS LA VIE POLITIQUE ET SOCIALE JUSQU'EN 1955
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Eglises chrétiennes se lancent dans des activités sociales et politiques qu'elles n'ont pas connu jusque-là. Le vent de liberté qui souffle alors sur le pays, leur permet d'être présentes aussi bien auprès des travailleurs que de la jeunesse. Certains de leurs membres participent , en outre directement à la vie politique, considérant que les chrétiens ont le devoir de s'engager dans les différents domaines des activités humaines.
 
 
 
 
 
L'encadrement des travailleurs et des jeunes
 
Les syndicats de travailleurs chrétiens, créés sont le « Front Populaire », reprennent leurs activités mises en veilleuse pendant la guerre. Appuyés par la hiérarchie, ces syndicats d'agriculteurs et d'éleveurs travaillent surtout en Imerina et accueillent aussi bien des catholiques que des protestants. Nommé en 1952 à la tête du centre social catholique, le père Jean de Puybaudet contribue à la formation de cadres syndicaux et éduque les travailleurs, notamment par le journal « Miasa ».
 
Cette même période voit l'essor de l'action chrétienne auprès de la jeunesse malgache. En 1946, le plan décennal de développement se propose non seulement de créer un équipement économique mais encore d'améliorer l'infrastructure sociale et éducative. L'administration développe l'enseignement officiel, tout en soutenant les collèges des missions.
 
C'est alors que plusieurs congrégations catholiques enseignantes s'implantent dans l'île. Le même effort en vue de promouvoir l'enseignement se retrouve chez les catholiques et chez les protestants. Les établissements scolaires confessionnels de la capitale sont agrandis, tandis que de nouveaux se créent dans d'autres localités grâce aux subventions du FIDES. L'école Paul Minault, gérée par la conférence intermissionnaire protestante et formant des élèves jusqu'à la première partie du baccalauréat, est installée dans les locaux spacieux à Ambohijatovo-Atsimo. L'enseignement primaire confessionnel reçoit une remarquable impulsion.
 
L'encadrement de la jeunesse se poursuit en dehors de l'école, dans des foyers des jeunes, plus actifs qu'auparavant, dans les grandes villes comme Antsirabe, Fianarantsoa et la capitale, leur offrant bibliothèques, terrains de sport, salles de conférence…Dans les foyers, les éducateurs leur inculquent le sens de la solidarité, la conscience du devoir et l'importance de la préservation de la personnalité malgache. Diverses associations complètent l'encadrement : les Tanora Katolika Malagasy ( Jeunes Catholiques Malgaches), les scouts catholiques et protestants. Bien des membres des partis et des sociétés secrètes nationalistes ( le PANAMA en particulier) ont reçu une formation chez les Tily ( scouts protestants ). Une autre organisation catholique, les Fon-dehilahy, aux structures mieux adaptées que le scoutisme pour les milieux ruraux et populaires, encadre aussi les jeunes et les prépare à la vie en société.
 
 
 
 
 
Les chrétiens et la lutte pour l'émancipation.
 
Le décret de 1913 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat à Madagascar, interdit à la première de s'occuper de la politique. Et les missions se sont toujours gardées de prendre position sur une question brûlante d'actualité, celle du futur statut de Madagascar. D'ailleurs, par principe, beaucoup se bornent à adopter une stricte neutralité ou à soutenir le pouvoir en place.
 
Cependant, certaines d'entre elles reconnaissent qu'elles ne peuvent ignorer les problèmes généraux du pays, qu'elles ne doivent pas rester isolées dans leur tour d'ivoire. Dans la lettre des évêques du 24 Septembre 1946 sur le devoir des missionnaires et des chrétiens, il est notamment spécifié que l'aspiration à la liberté de s'administrer lui-même est légitime pour un pays encore soumis au régime de la colonisation…
 
Il ne résulte cependant pas, de cette déclaration, d'engagement concret de la hiérarchie catholique dans son ensemble. Il semblerait plutôt que celle-ci continue à se montrer comme un soutien de régime en place. Mais les contacts étroits de certains ecclésiastiques avec des soldats malgaches envoyés en métropole, les souffrances des populations soumises à l'effort de guerre, incitent à de nombreux engagements aux côtés de nationalistes. Le père Dunand, ancien aumônier auprès des combattants de l'empire colonial en France, n'a-t-il pas contribué à l'élaboration du statut du MDRM ?
 
Quant aux pasteurs, ils sont nombreux à diriger les sections du Parti Démocratique Malgache (PDM), fondé en Janvier 1946 par le Pasteur Ravelojaona dont l'engagement politique se poursuit au lendemain de la guerre. En outre, les sections du MDRM disséminées à travers le pays ont souvent à leur tête soit des pasteurs, soit des responsables de temple, notamment sur les Hautes-Terres centrales et dans le Sud, tant il est vrai que la formation dispensée par les missionnaires protestants ( surtout les Britaniques ) tend à inciter les jeunes au nationalisme.
 
On trouve ces pasteurs engagés dans la lutte pour l'émancipation, aussi bien dans les villes qu'en milieu rural. Bien intégrés dans la communauté des fidèles, ils partagent les aspirations de ces derniers. Considérés non seulement comme des guides spirituels, mais encore comme des ray aman-dreny, ils sont parfois sollicités par les fidèles mêmes pour fonder et diriger les sections du MDRM. Il n'est donc pas étonnant que des ecclésiatiques aient été victimes de la répression consécutive à l'insurrection.
 
Les Eglises chrétiennes sont secouées, en maints endroits, par la hostilité liée à l'insurrection de 1947 et à sa répression. Les arrestations et emprisonnements de pasteurs et de responsables d'Eglises se multiplient. Partout, ceux-ci continuent à bénéficier de la bienveillance des fidèles, lesquels refusent de les remplacer, préférant réclamer leur libération et attendre leur retour. Les missionnaires de leur côté, ne peuvent rester insensibles à cet événement politique de taille, aux pertes humaines subies par le pays. L'Eglise catholique réprouve officiellement les excès et les atrocités. Les missionnaires protestants, parfois en mauvais termes avec l'administration, sont mal placés pour prendre officiellement position. Cependant, le Pasteur Henri Peyrot, qui dirige la MPF,intervient auprès du Haut commissaire Marcel de Coppet pour empêcher la mise en place d'un état de siège généralisé à tout le pays. D'autres s'efforcent, dans leurs régions respectives, de protéger les nationalistes.
 
La vie politique ne peut se poursuivre qu'en sourdine au lendemain de l'insurrection, mais les Eglises participent à la lutte pour l'amélioration des conditions de détention des victimes de la répression, et pour l'amnistie des condamnés. Des pasteurs s'engagent au nom des principes chrétiens et font appel à la clémence, tandis que les catholiques s'occupent des détenus encore en prison ou relâchés, tenant à ne pas laisser ce soin aux seuls communisants( qui travaillent au sein du Comité de solidarité de Madagascar).
 
 
 
R.J
 
 
 
 
 

Qu'est-ce que la mission ?

Une question se pose d'emblée, c'est de savoir " Qu'est-ce que la mission ? " Point n'est besoin de souligner que cette question entre ,effectivement, dans le domaine de la " missiologie ", c'est-à-dire une étude ou une réflexion qui porte sur le background de la mission. Cette question est fondamentale au sein de la missiologie. La manière dont elle a surgi dans la réflexion protestante, pourrait être esquissée, notamment par la voix des rencontres missionnaires internationales. D'aucuns savent que des recommandations particulières ont été données par le Seigneur dans des endroits divers de la Bible . Ces messages scripturaires sont essentiellement fondés sur " l'envoi ". Dieu a envoyé des Anges ou des Messagers, comme Il a envoyé également des prophètes, des disciples et d'autres serviteurs. ( Cf : Exode 23.20 ;Ezéchiel 2.3 ; 3.6; Matthieu 10.16; 11.10; 23.34; Luc 10.3 ) Le rôle décisif de la notion de la mission a été mis en lumière dans ces passages, mais encore il est important de poser le problème de la méthode. En effet, nombreux sont ceux qui posent ou postulent une certaine définition de la mission, mais beaucoup se sont mis d'accord sur le fait qu'il s'agit précisément de savoir comment, par quelle méthode cette définition a été obtenue. Apparemment abstraite, cette question de méthode détermine en réalité les options concrètes en face des responsabilités et des engagements missionnaires. Certains théologiens disent que c'est dans la pensée théologique , que l'activité missionnaire de l'Eglise puise ses formes et ses normes. Quoi qu'il en soit, il faut dire que tout n'est pas affaire de logique, ni en théologie, ni en mission. La foi prime sur toutes sortes de réflexions scientifiques, philosophiques, ou même théologiques. C'est par la foi que bon nombre d'activités paroissiales ont été accomplies, par le truchement du jumelage entre deux Eglises , tel que ce qui se réalise actuellement dans la commémoration du 135ème anniversaire de la FJKM RASALAMA MARTIORA AMBOHIPOTSY à laquelle s'associe activement L'Eglise Réformée FJKM de MONTROUGE - PARIS. 
 
RAKOTOARIMANANA Joseph, Pasteur.
 

Mission et Evangélisation : Quelle différence ?

Ce titre nous amène ,a priori, à un problème qui semble préoccuper surtout les chrétiens de nos jours. Ainsi est-il nécessaire de poser une question de savoir , de quoi s’agit-il ?

Il faut dire d’emblée que la confusion est considérable, et cela pour différentes raisons.Si les uns croient que la mission est un cas spécifique de l’évangélisation, les autres sont d’un avis exactement oppposé ; toutes sortes de positions intermédiaires se mêlent à ce débat parfois assez violent dans nos Eglises et Communanutés chrétiennes , un débat qui, du reste, souvent lié à certaines traditions linguistiques ou expériences en la matière.

Nous avons ici, l’intention d’y apporter quelques propositions d’éclaircissements face à la perpléxité qui règne à ce sujet, notamment chez les protestants. Apparemment, ce débat semble inévitable, dès que l’on pose la question du salut de Dieu et de sa réalisation concrète dans le monde d’aujourd’hui. Ce processus nous introduit normalement dans la découverte d’une esquisse compliquée de la missiologie récente. Nous allons cerner simplement trois manières typiques qui nous aideront à marquer la différence entre évangélisation et mission. Il faudra, ensuite, tirer quelques conclusions en vue d’un « programme pour la mission aujourd’hui ».

 

1- Mission pour les uns – évangélisation pour les autres ?

Souvenons – nous du fait qu’à un moment donné, il était question de la création d’activités et d’institutions diaconales qu’on appelait « mission intérieure ». Au sein de laquelle, on distingue – ou oppose souvent « mission mondiale » et « mission populaire » , « mission en terre païenne » et « évangélisation », le critère de cette distinction étant le baptême : la mission parmi les païens tendrait au baptême, alors que l’évangélisation s’appuyerait sur le baptême comme son fondement.. Ici, l’accent porte sur l’aspect géographique et sociologique par lequel la mission se distinguerait de l’évangélisation : la mission apporte aux nations non-converties le salut de Dieu. C’est pourquoi on parle , par exemple, de la mission auprès des musulmans, alors que l’évangélisation concernerait des Eglises orientales ou même occidentales en vue de les réanimer.

Il faut, cependant, noter ici une restriction :dans le mouvement œcuménique, « evagelism »désigne la problématique multiforme de la prédication de l’Evangile à l’homme du monde moderne et aux non-chrétiens de ce temps. Dans le vocabulaire anglo-saxon, cette expression est synonyme de « revivalism » ( évangélisation, mission populaire), mais elle désigne aussi la mission auprès de ceux qui n’appartiennent pas encore à l’Eglise ; « evangelism » est alors synonyme de « mission », ce que montrent des expressions comme « missionary evangelism » , « medical evagelism », etc…

Cette distinction pourrait être qualifiée de socio-historique, car elle semble reposer sur trois présupposés qui ont perdu de leur importance :

a- Elle repose sur la notion de chrétienté qui a pourtant été ébranlée par l’apparition d’un milieu non-chrétien, d’un néo-paganisme miltiple et du « sécularisme ».

b- Elle repose sur l’hypothèse de « pays païens » et, par conséquent, d’une possible « mission en terre païenne », du fait de la mission auprès des païens, il y a une Eglise prèsque partout dans le monde,et la frontière n’est plus de nature géographique, mais bien spirituelle.

c- Elle repose sur l’idée que les Eglises elles-mêmes,qui sont de libres associations, sont les responsables de la mission étrangère et intérieure du monde occidentale ; elles sont « porteuses de la mission ». A cela s’oppose une notion de la mission objet et tâche de toute l’Eglise. Il faut dire que l’appel à devenir chrétien est un appel à la consécration de la vie entière à la tâche missionnaire globale de l’Eglise. Pour ces raisons, il est justifié de dire qu’aujourd’hui « mission » et « évangélisation » constituent ensemble le témoignage de la communauté chrétienne qui, toute entière, est missionnaire.

 

2 – Baptiser les uns – réveiller les autres ?

Le premier type de distinction, déjà, n’a pu être discuté sans ses composantes théologiques. C’est ce que nous allons souligner maintenant de manière plus détaillée.

Le premier critère de distinction est le baptême : « La mission parmi les païens est une prédication qui vise le baptême, la mission populaire est une prédication qui, partant du baptême, revient au baptême. »

Un deuxième critère parfois utilisé est la distinction selon le texte du Nouveau Testament entre « kérygma » ,prédication de l’Evangile, et « didaché » ,enseignement de la communauté. « L’Evangile est destiné aux païens, l’exhortation, la consolation et l’instruction sont destinées à l’Eglise ». On ne prétend pas priver les jeunes Eglises du devoir d’Evangéliser, mais l’Evangélisation doit être distinguée, en tout cas, de la première prédication.

Une troisième réflexion, allant dans le même sens, établit comme spécificité de la mission la proclamation du règne de Dieu parmi les non-chrétiens jusqu’aux extrémités du monde et jusqu’à la fin des temps. La mission messianique du Christ aux nations ne concernerait pas les hommes qui ont été évangélisés et baptisés.

Mais cette conception repose aussi sur des présupposés qui ne peuvent plus être intégralement reçus :

a- Le baptême est ici le fondement de la foi, et la foi est liée au baptême. Assurément, le baptême ne garantit pas la foi, mais il est pourtant son unique condition. La pratique du baptême, et ses conséquences dans les Eglises occidentales, comme parfois dans le tiers-monde, montre cependant que le rapport au baptême ne suffit pas pour garantir à la mission populaire sa particularité en regard de la mission étrangère aux non-baptisés. De même la distinction kérygma-didaché ne joue pas dans une situation où « même parmi les baptisés, ce n’est pas seulement la conscience du baptême, mais celle de la foi qui a disparu, ce qui fait qu’il n’y a plus la possibilité d’un appel à revenir au baptême ou à la foi » ;

b- Cette conception impose une signification particulière et un statut donné implicitement à une image de l’Eglise composée de baptisés depuis longtemps, d’autant plus qu’en fin de compte la chrétienté est définie géographiquement. La missiologie a affirmé de son côté fermement que, dans la mission étrangère, il se passe quelque chose de particulier.

c- Toujours à partir de ces présupposés, il est bien naturel que la mission étrangère soit pensée comme un service global ; les œuvres d’assistance pratique la concernent aussi. Mais ceci n’est ni possible, ni nécessaire dans l’Evangélisation puisque l’Etat et la communauté civile sont pour l’essentiel responsables des tâches sociales et matérielles. Cependant, l’idée de la réciprocité dans les échanges a rendu attentif à la nécessité d’un tel service global aussi dans le domaine de l’évangélisation des baptisés. « La communauté missionnaire est une communauté missionnée ». L’évangélisation se heurte donc, même aujourd’hui, aux mêmes problèmes que la mission.

En conclusion, on peut affirmer que la mission aussi bien que l’évangélisation sont la tâche de toute la paroisse et de toute l’Eglise, l’essence de leur apostolat.


RAKOTOARIMANANA Joseph, Pasteur

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